Le duo franco-japonais A+A Cooren vit et travaille ensemble. En créant des objets du design ou des aménagements intérieurs, ce couple discret affirme sa double culture et son exigence.

 

Aki et Arnaud Cooren ont su s’imposer au sein de la génération émergente du design français. Aki a vécu à Paris, au Japon et aux États-Unis, Arnaud, né à Lille, en Belgique et en France. En 1999, ils se rencontrent à l’école Camondo avec une passion commune pour les objets du quotidien. Double culture, double entité… Pourtant ils ne font qu’un, abordant de façon simple et rigoureuse les territoires créatifs. Lampes, objets ou mobilier sont édités par Artemide, Tronconi, La Redoute, Coédition, Yamagiwa et récemment par Bienfait, éditeur de papier peint. Ils signent aussi des showrooms pour Shiseido Europe, le centre de recherche capillaire L’Oréal, le réaménagement de la galerie de Sèvres-Cité de la céra- mique… L’esprit de leur travail est imprégné de culture japonaise et de l’idée de nature. Quelles que soient leurs créations, leur démarche fusionne afin d’accéder à l’évidence, à l’harmonie, à la douceur…

Vertigo Bird, lampe Kokeshi, 2012.
Vertigo Bird, lampe Kokeshi, 2012.

Quel regard portez-vous sur votre travail depuis dix ans ?

Nous avons eu la chance de rencontrer à nos débuts des éditeurs avec qui nous avons travaillé à la conception de luminaires : la collection Hippo de Vertigo Bird, l’ap- plique Nami de Metalarte, la lampe de table Pokko pour Bensimon… Pour aborder l’éclairage, on se pose davantage la question de la qualité de la lumière et de son impact plu- tôt que celle du dessin. En termes de spatialité, de contexte, les problèmes sont identiques, lorsque nous abordons l’architecture intérieure. Et la led a révolutionné ce marché. Il faut donc adapter les éclairages à cette évolution. Cet aller et retour permanent entre projets d’architecture intérieure et objets en édition nous oblige à interroger constamment les usages ou les modes de fabrication. Toutes les décisions sont prises en duo. Notre atelier est aussi un lieu d’expérimentations. Avant même de dessiner un objet en images de synthèse, nous avons besoin de nous confronter au matériau, à sa résistance.

Quelle est votre création emblématique ?

Deux objets ont marqué notre travail et caractérisent deux processus de fabrication distincts : la lampe led Task Light, dessinée pour Yamagiwa au Japon, et le vase Tourbillon, créé pour l’exposition Nouvelle Vague à Milan. Task Light a nécessité l’intervention de diverses personnes de l’industrie, à partir du schéma d’éclairage que nous proposions, de l’élaboration de l’électronique à la recherche du bon matériau. Pour Tourbillon, nous avons fait appel à la société Nivyne, un atelier de verre qui travaille dans le secteur du luxe. Nous avons proposé à Wilfried Allyn, souffleur et tourneur, un soliflore qui évoque le cycle de l’eau. Il fallait souffler et tourner à la fois pour obtenir la fluidité du mouvement. Cette technique a été mise au point pour cette pièce créée en petites séries et distribuée par la Gallery S. Bensimon.

Quelles sont les évolutions qui ont marqué le design en dix ans?

Se confronter à l’outil industriel est une démarche intéressante mais qui nécessite de multiples étapes. Entre la conception, la mise au point, les modifications, la fabrication de telle ou telle pièce, c’est une chaîne complexe que l’on ne maîtrise pas forcément puisque nous avons affaire à plusieurs personnes. Une création est achevée lorsque le design devient presque invisible, résultat d’une tension subtile dans l’objet qui doit être pérenne. Quand nous faisons des pièces uniques ou de petites séries, le processus est tout autre : c’est une relation unilatérale avec un artisan, qui devient plus simple. Notre parcours créatif se situe entre ces deux pôles, entre artisanat et design industriel.

Comment imaginez-vous les dix années à venir ?

Nous sommes calqués sur ce mode du présent et nous souhaitons apporter notre vision future en allant à l’essentiel mais en étant proche : c’est paradoxal ! Tout comme l’idée très japonaise de la philosophique de l’instant. Mais les objets sont faits pour durer tout en ayant la même simplicité d’approche. Nous aimerions prolonger notre travail en racontant les choses de la vie, en créant des objets autour des arts de la table. Nous envisageons de lancer une seconde agence au Japon. C’est notre pays, au même titre que la France. À chaque voyage, nous revenons enrichis par la diversité de la culture et de leurs savoir-faire traditionnels.

Quels sont vos designers emblématiques ?

Sori Yanagi est notre maître incontesté. Il a œuvré en design et architecture industriels sans que son travail soit standardisé. Il a créé des objets simples, fonctionnels, comme le tabouret Butterfly. Mais sa force créative et visionnaire lui permettait de concevoir de la même façon un pont piéton ou une paroi antibruit ! Il a introduit la notion singulière, très japonaise, celle de l’idée de nature. Nous sommes proches aussi du travail de Jasper Morrison et de son manifeste sur l’intemporalité, la sobriété, la fonctionnalité du design. Nous nous sentons un peu de la même famille !

 

COÉDITION, collection Shika, 2014
Coédition, collection Shika, 2014

A+A Cooren en 5 dates

 

1999 : Création du studio de design A+A Cooren à Paris.

2011 : Lancement de la collection d’éclairage Hippo pour Vertigo Bird.

2013 : Réaménagement de la galerie de Sèvres-Cité de la céramique, à Paris.

2014 : Lancement de la collection de tables Shika pour Coédition.

2015 : Aménagement du showroom de l’éditeur Bienfait.

Anne Swynghedauw

Vous avez aimé cet article ?
Ne manquez pas les autres articles en vous abonnant à notre newsletter !