David Romero utilise la 3D pour explorer l’histoire de l’architecture, avec un tropisme certain pour les œuvres de Frank Lloyd Wright, qu’elles aient été détruites ou jamais été réalisées.

Larkin Administration Building de Frank Lloyd Wright

Du Larkin building de Frank Lloyd Wright, immeuble de bureau de Buffalo détruit en 1950, 44 ans après sa livraison, nous ne connaissons que des dessins ou des images en noir et blanc, suggérant pour la plupart que l’emblématique édifice était doté d’une peau de brique plutôt claire, constituée de briques ocres, apparaissant presque blanc cassé sur les tirages les plus pâles. Des images apparues récemment sur le net montrent au contraire un bâtiment dont l’appareil de briques rouges est ponctué d’insertion en pierre claire. Ces clichés qui changent l’idée que nous avions du bâtiment n’ont pas été retrouvés dans un fonds d’archive oublié, mais créé de toutes pièces par l’architecte espagnol David Romero. « Quand j’ai vu les premières images issues des calculs de rendu, j’ai moi même été surpris » confie Romero, qui s’était lancé dans la modélisation du bâtiment à ses heures perdues, afin de se former aux nouveaux logiciels 3D – une manière d’augmenter ses compétences sur un marché du travail espagnol frappé durement par la crise -. Un travail de rendu doublé d’un travail d’archéologue : Romero a reconstitué le bâtiment à partir de plans diffusés sur internet, et d’informations puisées en bibliothèque ou sur les forums spécialisés dans l’œuvre de l’architecte. Outre le Larkin, Romero a modélisé deux projets de Wright : la maison Pauson, détruite par le feu un an après sa livraison, et la Trinity Chapel, qui aurait dû être construite à Norman (Oklahoma). Il travaille actuellement à la modélisation de l’Ocotillo Desert camp, et collabore avec un architecte qui achève la modélisation des Midway Gardens, une grande zone récréative. A quand la reconstitution de l’Hotel Imperial de Tokyo ou de Broadacre city ? Les capacités de calculs nécessaires à la modélisation d’un territoire tel celui de Broadacre dépasse les capacités de calcul d’un ordinateur seul et d’une personne, mais elle pourrait s’envisager dans le cadre de collaborations à plus grande échelle, notamment via les universités, explique Romero.

Modélisation en 3D

Rose and Gertrude Pauson house de Frank L loyd

Confronté à la crise économique, un autre architecte espagnol, Victor Enrich, avait choisi d’utiliser les outils de la 3D pour développer des architectures fantasmagoriques à partir d’architectures réelles, quand il ne jouait pas sur le dépaysement. Une de ses modélisations transplante le Guggenheim de New York au milieu d’un quartier informel colombien. Romero voit plus son travail comme celui d’un archéologue, même quand sa façon de travailler rejoint le cinéma. Ainsi, le Larkin Building a été modelé en deux fichiers séparés, un pour l’atrium intérieur, et le second pour l’extérieur : on retrouve la discontinuité des décors propre au 7e art. La lourdeur des fichiers a rendu la scission nécessaire. Mais pour les petits projets comme la maison Pauson, l’intégralité du bâtiment est modélisée en un seul fichier. On pourrait donc en théorie, prendre n’importe quelle vue du bâtiment. Romero songe d’ailleurs à effectuer des vues complémentaires de chambres de la maison, et a été contacté par des sociétés spécialisées dans la réalité virtuelle, intéressées par des promenades numériques. Dernières visions du passé, avant remplacement des images par des visualisations en mouvement ? En attendant, Romero envisage d’élargir l’usage de la 3D à des objets plus anciens, dont il juge les reconstitutions de piètre qualité.

Voir http://www.hookedonthepast.com/

Cet article est extrait d’une parution du magazine CREE 381

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