Designer urbain, Cécile Planchais signe des projets qui se fondent dans leur environnement, avec un supplément d’âme discret, qui convie la poésie en ville.

Cécile Planchais est une femme de tempérament. Et tant mieux, car pour être l’une des rares intégrées au design urbain, il faut une sacrée force de conviction pour travailler des projets conçus avec des cahiers des charges ubuesques! « En tant que designer, je suis dans le premier train de défrichage, on est sur de longues études, constamment en train de vérifier des éléments. » En même temps, c’est ce qui la stimule. « Quand je démarre un projet, je suis comme un sculpteur : je dois tailler dans la contrainte pour voir ce que le bloc a à dire, comme Brancusi cherche à faire émerger de la pierre l’œuvre qu’elle recèle. »

ampoulephillips-planchais

Ainsi, Philips, avec qui elle réalise le luminaire CristalCity, ne découvre qu’au dernier moment l’hologramme fugace que perçoit le piéton. Un projet qui a reçu un Janus du design, et qui revisite l’éclairage
urbain : un archétype, pour lequel elle a recherché un mariage sensoriel entre le verre et la lumière, en supprimant les casques informes qui recouvraient les traditionnels lampadaires, et en programmant des leds, en sculptant la lumière pour qu’elle rebondisse sur les parois et vers le sol. Au final, cet hologramme s’assimile à cette idée de lumière qu’on apprivoise et qui nous échappe… Car si Cécile Planchais se définit comme un designer d’objet et de paysage, elle confronte toujours ses créations à de la matière vivante, l’air, le vent, la lumière… Femme de défi, elle démarre cette année avec la restauration de l’aile Rohan de l’École du Louvre, en compagnie de l’architecte Étienne Dufay.

ICILA de cécile planchais

Pour elle, ses projets sont réussis lorsqu’ils se fondent dans l’environnement comme des évidences. « Certains imaginent qu’on doit figer une icône, comme un moyen mnémotechni-que. Or dans l’espace public, on s’adresse à tous. C’est pour ça que tout ne fonctionne pas, qu’on se retrouve avec des objets vandalisés, décalés, comme une prothèse peut être rejetée d’un corps. On peut faire des objets spectaculaires, très bien, mais en tant que designer urbain, l’unité doit naître de la multiplication des objets. Notre métier, c’est de faire des objets qui libèrent de la vie quotidienne pour être dans le bien-être. Si je conçois un banc, je dois penser à la personne handicapée qui doit s’en relever facilement, aux couples qui s’y lovent, etc. À son usage à 20 ans, 40 ans, 80 ans. » Avec toujours un zeste d’évasion : si ses bancs iMiroirs sont conçus pour refléter paysage et passants, dans le parc d’un hôpital elle n’hésite pas à leur apposer des trompe-l’œil en douceur, comme un souffle d’ailleurs offert aux patients.

Chaise de Cécile Planchais
chaise Icila (Tôlerie Forézienne) Cette chaise comporte des ouvertures pour laisser filer le son : à Bruxelles, face à la façade du musée de la Musique, le passant s’assied pour écouter des compositions grâce à un système de QR codes.

Nathalie Degardin

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