À Nancy, le trait sûr et l’esprit battant, Céline Lhuillier inscrit durablement le design dans le tissus économique local.

À sa sortie de  l’École nationale supérieure des arts de Nancy,  Céline Lhuillier fait le pari de s’installer à l’Est : son idée, être un vecteur et un carrefour d’échange avec le tissus industriel et artisanal local :  «Ce qu’on ne réalise pas au niveau national, c’est qu’ici on travaille à l’export, et 80% pour l’industrie de l’hôtellerie de luxe. Il y a Baccarat, on est aussi la capitale du siège… Les artisans locaux ne savent pas se mettre en valeur alors qu’ils travaillent avec les plus grands palaces de la planète ! »   

Depuis cinq ans, elle développe son studio Gad et  est devenue directrice artistique de la nouvelle maison d’édition Nantavia : « On récupère les structures et on détourne les outils de production dédiés à l’aéronautique  pour faire des objets usuels et contemporains. »

Cigognes, tables gigognes à plateaux amovibles
Nantavia, Cigognes, tables gigognes à plateaux amovibles.

Est ainsi produit le siège Gouvy, personnalisable dans le choix du piétement et de la couleur, qui trouve un écho auprès du public dès son lancement. « On travaille aujourd’hui sur une proposition de couleurs phosphorescentes!»

Céline Lhuillier fonctionne à l’instinct, à la rencontre, à l’envie, et travaille aussi bien avec l’Office National des Forêts  pour du packaging  qu’avec un moulin de la région ( «  Je n’ai pas de spécificité, j’aime aussi cette idée d’avoir une non-connaissance d’un métier pour apporter un regard neuf ») et dans ses créations souhaite  « transposer l’histoire de la rencontre » : «J’écris inconsciemment à travers mes objets,  j’évite de dessiner gratuitement. » 

Fauteil Echevarria de Céline Lhuillier
Echevarria, fauteuil Sonya, prototype.

Pour elle, le design doit être au service de l’entreprise, et c’est dans cette logique qu’elle s’inscrit aussi dans une tradition minimaliste, admiratrice du trait sans concession de Jean Prouvé.  Une volonté d’épure, d’aller à l’essentiel, admirablement traduite dans son  Reflet : «  Je voulais redonner la vedette à la fleur. A l’aide d’un tuteur en verre, la tige vient se ressourcer dans une petite flaque, pour passer d’un contenant vertical à un contenant horizontal. » On lui suggère que le dessin semble inspiré de l’ikebana : surprise, elle accepte cette idée de composition minimale. Un projet sélectionné par le comité Meet My Project pour être exposé en septembre 2014 à Paris dans le cadre de « Design can change the world »

Celine Lhuillier fleurs
Nantavia, soliflore Reflet.

La même efficacité anime les courbes de sa chaise longue ou lit de jour Sonya : « Je voulais revoir une assise de repos de jour. J’ai pensé à une boucle qui se termine en douceur par un dossier, tout en y libérant un espace pour y déposer un livre ou autre… Pour tout vous dire, j’ai pensé à  la place de mon chat en le dessinant ! »  Si ce fauteuil est encore à l’étape du prototype, il répond à une commande d’Echevarria. Du fauteuil Donuts à son set de bougeoirs Stala, toutes ses créations respirent cette simplicité et cette absence de prétention,  un souci de justesse et d’élégance, avec une fraîcheur qui rassure – s’il en était besoin – sur les forces vives  de cette génération montante.

Nathalie Degardin

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