L’Architecte et artiste Didier Faustino ne se considère pas comme designer… Ou seulement dans le sens anglo-saxo du terme : celui de concepteur. En 7 questions il se confie à Design@Home :

ll l’a dit : « l’art questionne le design, le design répond à des questions ».

Comment définiriez-vous les rôles respectifs de l’art et du design ?

On n’est plus dans une époque où l’on compartimente les choses : les réflexions sur l’espace et la forme rendent les limites de la création plutôt floues. Le plus petit dénominateur commun entre l’art et le design est aujourd’hui un accès à un environnement de médias incroyables, on peut presque tout faire : on est plus dans la réflexion que dans la fabrication. Mais je dirais que l’art questionne, et que le design répond à des questions. Le prototype est l’« édition 1 » en art et en architecture ; en design, il est quand même voué à la quantité.

Selon vous, une création conçue en pièce unique ou en série limitée peut-elle être encore enregistrée comme une création design ou devient-elle une œuvre d’art ?

Ce n’est pas parce que c’est une pièce unique que c’est éligible au statut d’œuvre d’art, c’est le mode de raisonnement par rapport au monde. La question de la manufacture n’a rien à voir avec l’art. On peut faire du design de manière artisanale.

À quel moment et pourquoi une création design devient-elle pour vous une œuvre d’art ?

On en revient à la question du sens, de l’éligibilité : même si le design tend à être conceptuel, cela reste une question de milieu, de contexte, identifié comme une affaire de spécialistes. Par exemple, est-ce qu’une chaise des frères Bouroullec peut être considérée comme une œuvre virtuose ? Est-ce qu’elle peut prétendre à un statut ?

Qu’est-ce qui différencie l’objet de luxe de l’œuvre d’art ?

C’est la virtuosité contre l’idée : il y a une réflexion derrière l’œuvre d’art, le luxe garde la notion d’usage en plus de l’esthétique.

De quelle manière les courants artistiques inspirent-ils des créations design, à l’image de votre création Love Me Tender ?

Love Me Tender est un objet qui reprend des codes de la chaise : j’avais l’idée d’explorer pourquoi les architectes faisaient tous des chaises à un moment de leur parcours. J’ai repris les poncifs de la production tubulaire pour créer un objet surgonflé, dangereux, qui interroge le geste de s’asseoir, on doit faire attention, on est dans un acte de réflexion quand on s’assied dessus. Elle a été éditée ensuite, mais elle a dû être reproportionnée pour pouvoir l’être.

En sens inverse, les créations design peuvent-elles inspirer de nouvelles démarches artistiques ?

Le design, c’est l’air du temps, et la contemporanéité peut inspirer, et il y a une dynamique d’époque, les frontières deviennent poreuses, les limites de l’art sont plus floues dans les foires, les galeries, les expositions. Si l’on veut être un peu critique, on peut se dire que c’est le marché qui cherche une nouveauté, une lassitude face à la production, comme si la considération de pratiques liées à ce repoussement de limites justifiait des coûts extraordinaires. C’est un phénomène aussi lié à la spéculation, c’est normal. Et en même temps, c’est une nébuleuse qui interroge les rapports entre contemplation et usage, entre regard et appropriation.

En tant que révélateur des modes de vie et des problèmes de la société, le design peut-il bousculer le regard, à l’instar d’une œuvre d’art ?

Là où le design deviendra art, c’est quand il sera capable de faire en sorte que l’on réfléchisse sur le monde, et non pas juste qu’on l’illustre.

Propos recueillis par Nathalie Degardin.

Photo de une : Didierfaustino.com

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