La galeriste Maria Wettergren s’est installée au cœur de Paris pour promouvoir la jeune garde du design international. Une mission accomplie qu’elle évoque avec ferveur. 

Parmi les nombreuses galeries du quartier Saint-Germain-des-Prés à Paris, celle de Maria Wettergren vaut le détour. Ce petit bout d’espace est déjà une adresse incontournable et reconnue du design contemporain. Depuis quatre ans, la galerie expose des pièces singulières et inclassables, très remarquées sur les foires et salons internationaux, Design Miami-Basel, PAD Paris et Londres, et pour la première fois sur un salon d’art contemporain, Art Genève. De cet écrin tout blanc aux proportions impeccables, émane une douce sensation de bien-être, quelque chose d’unique, propre aux intérieurs scandinaves dans lesquels l’architecture et le design semblent indissociables. Cette alliance, le juste équilibre entre les formes et la fonctionnalité, est l’essence même du design danois, dont la galeriste est une fidèle ambassadrice. Silhouette longiligne et large sourire, Maria Wettergren raconte sans détour sa passion pour l’art et le design. « J’ai toujours baigné dans un univers artistique », raconte-t-elle. Après des études d’histoire de l’art au Danemark, elle entame sa carrière en France, avec Cyrille Putman, agent d’artistes, et aujourd’hui écrivain.

En 2002, à seulement 28 ans, elle dirige la galerie Dansk Møbelkunst à Paris, une extension de la maison mère de Copenhague ; elle devient spécialiste et experte du mobilier danois des années 1920 à 1970. En 2010, elle ouvre dans le même quartier sa propre galerie, convaincue que le design contemporain trouvera un écho favorable en France et à l’international. Elle expose, édite les jeunes pousses ou d’autres plus confirmés. Dans son catalogue, déjà bien étoffé, on retrouve Akiko Kuwahata, Astrid Krogh, Ditte Hammerstrøm, Eske Rex, Gjertrud Hals, Mathias Bengtsson, Mikko Paakkanen, Louise Campbell, Rasmus Fenhann, Tora Urup. En 2014, elle reçoit le prestigieux prix Finn Juhl, la consécration du travail de fond qu’elle mène avec les artistes.

Maria Wettergren
© Martin Scott Jupp. Growth Table, 2014, création Mathias Bengtsson, noyer massif, édition limitée à huit pièces uniques, 160 x 90 x 75 cm.

Puisant ses sources et son inspiration au Danemark, Maria Wettergren a une approche à la fois sensible et radicale du design, animée par une curiosité permanente. Elle accompagne les artistes designers dans leur processus de création, proposant des expositions thématiques ou monographiques accessibles au grand public. « Le savoir-faire artisanal est ancré dans la tradition scandinave qui utilise depuis toujours les matériaux naturels, comme le bois, le métal, le verre… Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est la combinaison de ce savoir-faire très pointu et des matériaux simples, dans une démarche artistique contemporaine. La matière est une partie intégrante de l’œuvre et non la démonstration d’un savoir-faire, comme dans une œuvre artisanale traditionnelle », explique-t-elle. L’exposition For the Love of Detail de l’artiste designeuse Ditte Hammerstrøm en est un bel exemple. Le lien, la corde et la cordelette sont le fil rouge de ces œuvres en édition limitée. L’artiste utilise des matériaux dits modestes qu’elle enrichit et transcende par un travail précieux et abouti. La quête des techniques et du savoir-faire irréprochable renouvelle l’objet et sa fonction avec un souci constant du détail et de la finition : la ligature sur le bois, le capitonnage de 203 balles de mousse recouvertes de mohair pour cette banquette (qui est la pièce maîtresse de l’exposition), ou la corde savamment nouée et la laque japonaise sur du MDF pour ces boîtes suspendues…

Maria Wettergren
© Jeppe Gudmundsen-Holmgreen. Bunch of Boxes, 2008, création Ditte Hammerstrøm, bois MDF laqué 
et corde, édition limitée à 8 exemplaires, 70 x 70 x 85 cm (+ cordes).

Au croisement du design, de l’art et de l’artisanat haut de gamme, Maria Wettergren réouvre des voies : elle prône l’interdisciplinarité, chère au Bauhaus en 1930, qui libère la création de ses carcans. « C’est une tendance dans l’air du temps. Certaines frontières entre les disciplines s’effacent et se réinventent. J’aime provoquer la surprise qui se dégage dans les pièces des artistes que je présente », dit-elle avec enthousiasme.
Poétiques, énigmatiques oniriques parfois, ces œuvres questionnent, intriguent et ne laissent pas indifférent… Maria Wettergren n’exclut pas la combinaison des technologies, (programme informatique innovant, découpe au laser) avec le savoir-faire traditionnel, comme le démontre l’incroyable travail de Mathias Bengtsson. Pour de nouvelles approches sculpturales toujours étonnantes dans leur apparente simplicité…
 

Anne Swynghedauw

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