Ses créations et ses installations fascinent par leur poésie sans ostentation. Entre design émotionnel et zénitude, Nao Tamura dessine les contours d’une œuvre très prometteuse.

Parmi les parenthèses enchantées offertes à Milan,  il en était une, au Circolo Filologico Milanese, qui se traversait comme un rêve éveillé. Sous une lumière zénithale, un gigantesque mobile animé par la présence des visiteurs projetait au sol les ombres atmosphériques de disques à la transparence bleutée. Signé Nao Tamura, ce paysage onirique baptisé « Interconnection » exprimait avec une grâce aérienne l’interdépendance entre la planète et ses habitants. Dans la pénombre du dispositif, la jeune designer confiait alors : « Il existe dans la nature des forces hors du contrôle de l’humanité. Nous connaissons notre fragilité face à ces forces, mais nous savons aussi l’importance de les accepter et d’apprendre à vivre en harmonie avec la nature. »

Interconnection de Nao Tamura
Mobile apparent Interconnection, une installation réalisée dans le cadre de l’exposition « Lexus Design Amazing 2014 Milan ».

Sans être réductible à la vague verte qui déferle sur le design contemporain, le travail de Nao Tamura affiche les préoccupations environnementales de l’époque : « Les designers sont comptables de l’utilisation qu’ils font des matériaux et des ressources naturelles. Aujour-d’hui, il ne s’agit plus seulement de se préoccuper de formes et de couleurs! » Pour preuve, l’économie de moyens mise en œuvre dans ses créations. Une production simple et épurée, peu bavarde… mais éloquente. À la multiplication, Nao préfère la soustraction. En digne héritière de Shiro
Kura-mata (dont elle fut parente), la New-Yorkaise d’adoption joue avec le moins et l’immatériel, les variations et les nuances.
« Mes origines japonaises influen-cent bien sûr mes créations, j’aime la douceur des formes, les contours indéfinis susceptibles de changer, j’aime que leur fragilité s’intègre à l’atmosphère », poursuit-elle.

Verre suspendu
Ligne d’horizon – Réalisé en verre soufflé dans les ateliers de Wonderglass, marque dont Nao Tamura assure la direction artistique, le luminaire Flow(t), décliné en différentes tailles et formes, fige dans la matière le souvenir de l’horizon vénitien. Wonderglass, Flow(t), création Nao Tamura,

Parfaite illustration : Flow(t), des suspensions en verre soufflé imaginées pour Wonderglass et présentées au Palais de Tokyo lors des derniers D’Days. Inspirés par les couleurs de la lagune vénitienne, ces luminaires tirent, entre profondeur aquatique et surface terrestre, une ligne d’horizon restituant parfaitement l’évanescence du paysage de la Cité des Doges.

tiki nao tamura
Cuicui Imaginées pour être regroupées, à l’instar de moineaux sur un fil électrique, les lampes de table Tiki, associant Plexiglas et céramique ou métal, offrent des contours organiques et futuristes figurant un oiseau sobrement mais parfaitement stylisé. Tiki, Established & Sons, Nao Tamura, 2014,

Un concentré de poésie qu’elle parvient à instiller dans des exercices aussi convenus que la création d’un service de table pour Covo (Seasons) ou la mise au point d’une lampe pour Established & Sons (Tiki). Son secret? Un design qui parle aux sens et à l’imaginaire, des objets élégants qui suggèrent sans jamais imposer. « Les gens sont ma véritable source d’inspiration. Pour moi, le design est un outil de communication, une
manière de s’adresser aux autres. Si j’intègre l’ADN des entreprises pour lesquelles je travaille, c’est pour mieux établir un lien émotionnel avec le public »
, termine-t-elle. Entre émotion et poésie, ses œuvres résonnent à l’unisson d’une mélodie en mode mineur, une mélodie dont les notes cristallines n’ont pas fini de nous enchanter.

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Bien roulé Avec Seasons, Nao Tamura livre un service de table (assiette, plat, coupe) en silicone souple qui se plie à tous les caprices… et résiste à toutes les épreuves, du lave-vaisselle au micro-ondes. Pour ranger les éléments, il suffit de les rouler ! L’art, en somme, de conjuguer esthétique et fonction. Covo, Seasons, Nao Tamura, 2012.

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Laurent Montant

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