Formée aux techniques traditionnelles et nourrie au design contemporain, Julie Terzakis trace sa voie bien à elle, avec une première série d’assises clairement inspirées des salons bourgeois, et pourtant très actuelles.

Julie Terzakis
Julie Terzakis

Entre le mobilier et Julie Terzakis, l’histoire d’amour a démarré dès l’adolescence, dans les ateliers de tapisserie d’ameublement. « Un milieu assez masculin, précise-t-elle, où l’on répète depuis Louis XIII les mêmes gestes de garniture d’une carcasse, même si la mousse remplace aujourd’hui le crin. » Un univers où elle apprend et ressent un respect très fort de l’objet : le restaurer, c’est le faire perdurer à travers les époques, prendre en considération son histoire. C’est pour elle une forme de lutte contre cette tendance à la surconsommation, où l’on perd le contact direct avec ce qui est beau, un attachement aux objets, où l’on s’inscrit dans le temporaire, et non dans le temporel.

les-bourgeoises
les-bourgeoises

Très vite, elle ressent l’envie de mixer techniques et technologies, de passer à la création, et pousse les portes de l’Ensad. « J’ai appris à être designer, à me détacher des codes de l’artisanat. » Pour mieux y revenir dans son projet de fin d’études. Comme une belle synthèse de son parcours, sa série « Les Bourgeoises » semble une évidence. « En design, il y a un courant, “less is more”, en tapisserie c’est strictement l’inverse : plus on en met, mieux c’est, et plus il faut le cacher ! La toile, le ressort, le guindage, etc., forment autant de strates de savoir-faire, des couches de techniques qui ont un rôle à jouer, mais que l’on ne voit pas. » Alors elle prend le contre-pied, pour rendre hommage à cette beauté du faire, en renversant les codes : elle tire parti de l’esthétique du guindage, et rend les fils apparents. Elle met au point des assises, à livrer en kit – clin d’œil de l’ex-artisan à la tendance « Do it yourself » du moment –, « fabriquées par la machine autant que par la main de l’artisan ». Le fil autrefois caché structure ici l’ensemble, et livre en creux des séparations où déposer un livre. Cossues à l’extérieur, un brin décalées sans être désuètes, ces assises sont facilement transportables du boudoir au salon. Julie Terzakis souhaite être à la croisée des « sphères qui touchent l’objet : la réduction du coût, la fabrication et le travail du geste, la recherche ergonomique… en valorisant un artisanat à la française », en s’appuyant sur la transmission des savoir-faire et l’interpénétration des technologies, pour dépoussiérer une image trop « passéiste » et garantir une création de qualité et juste.

Nathalie Degardin

Vous avez aimé cet article ?
Ne manquez pas les autres articles en vous abonnant à notre newsletter !