Anonymes, cultes, collectors ou simplement beaux, les objets de notre vie quotidienne se sont transformés depuis le début du xxe siècle pour de nouveaux usages. Certains sont précurseurs des techniques high-tech d’aujourd’hui.

L’avancée des techniques et l’histoire industrielle ont joué un rôle fondamental dans l’évolution du design high-tech. Issus des inventions technologiques et du design avant-gardiste, certains objets ont transformé notre vie quotidienne. Radio, téléphone, téléviseur, calculatrice, premier ordinateur ont marqué le changement à grande vitesse jusqu’à la révolution du numérique, et font partie de la genèse des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Robot ménager, aspirateur, lave-linge, pendule ont amélioré notre confort domestique grâce aux innovations techniques et au design. Rattachés à une industrie et aux concepts de marques devenues célèbres, AEG, Avia, Braun, Brionvega, KitchenAid, Sony, les produits du high-tech sont diffusés auprès du grand public et des collectionneurs puis adoptés par ces derniers. Ils sont inscrits définitivement dans l’histoire des technologies de la vie moderne, grâce aux inventeurs, créateurs anonymes et designers reconnus tels que Peter Behrens, René Coulon, Dieter Rams, Richard Sapper et Marco Zanuso, Roger Tallon, Philippe Starck et James Dyson.

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De la révolution industrielle au design moderne

De la révolution industrielle et celle de l’énergie (électricité, entre autres) aux inventeurs de la première partie du xxe (débuts de l’aviation, du téléphone, du cinéma, de la photographie…), des découvertes de l’après-guerre et de la reconstruction jusqu’aux recherches dans la prospective d’aujourd’hui, l’invention technologique a toujours été au coeur de la société. Les créateurs avant d’être designers étaient des inventeurs. Et si l’histoire du design et des
techniques est étroitement liée à celle de la révolution industrielle, elle a changé de rythme depuis la découverte de l’électronique et de ses applications dans le numérique. Pourquoi ne pas entamer cette petite histoire par celle d’une bouilloire électrique ? Un objet banal, quotidien, et pourtant… Créée en 1910 par Peter Behrens pour AEG, industrie
dirigée par Emil Rathenau, cette bouilloire ouvre la voie au design moderne, car elle est l’un des premiers modèles conçus et fabriqués en série par des procédés industriels et illustre la première collaboration d’un créateur avec une industrie. La qualité technique et esthétique du produit, considérée jusque là comme bas de gamme, est aussi novatrice. Elle est le fruit d’une réflexion parfois contradictoire, menée au sein du Deutscher Werkbund, collectif de créateurs dont Peter Behrens faisait partie. Dans les années 1920 et 30, les mouvements modernes et le Bauhaus s’amorcent. Bien que n’ayant jamais produit d’objets en série, cette école, dirigée par Walter Gropius, dictera les préceptes de l’objet industriel.

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Après la Seconde Guerre mondiale, on entre dans une période de reconstruction de l’habitat. Il faut attendre les années 1950, et la nouvelle génération des designers de l’école d’Ulm, en Allemagne. Hans Gugelot, créateur du célèbre Carrousel de Kodak, projecteur de diapositives, et Dieter Rams sont imprégnés du dynamisme intellectuel de l’école et redéfinissent l’image de l’objet industriel. On assiste au grand bouleversement des matériaux, des technologies, des usages. Selon l’historien du design, Raymond Guidot, « l’après-guerre ouvre aux designers de nouvelles voies d’expérimentation et d’action. Matériaux, technologies, habitudes de consommation : tout change et les objets de la vie quotidienne deviennent peu à peu des produits culturels ». En Italie, le design de masse voit le
jour et connaît un vrai succès, à la fois social et populaire, en relation avec les nouveaux logements et moyens de locomotion, comme la Vespa. On découvre alors les machines à écrire ou à calculer chez Olivetti, la machine à coudre chez Necchi… Entre 1960 et 1970, la grande époque du design bat son plein. Le concept de marque est né et les designers deviennent des stars collaborant avec l’industrie. En Italie, Olivetti poursuit son développement avec Ettore Sottsass et Mario Bellini. Ce dernier plaçait la technologie avancée au coeur de ses projets dans un design simple et épuré. Ses créations appliquent des formes ergonomiques à des objets technologiques. Symbole moderne de la communication, le téléphone Grillo de Marc Zanuso pour Sit Siemens est le précurseur du téléphone portable actuel. Avec son design fonctionnel, il est aussi le premier modèle dans lequel le micro est intégré dans la coque.

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Les débuts d’un monde connecté

L’informatique se développe au Japon et aux États-Unis et gagne peu à peu l’Europe. Le monde échange et les moyens de communication se développent. En 1976, pour Apple, Steve Jobs conçoit son premier Macintosh. Le Minitel et le Fax développés par France Télécom, totalement obsolètes aujourd’hui, sont créés en 1980. En France, le designer Roger Tallon a contribué à l’esthétisme des appareils technologiques de l’époque. Il dessine aussi bien le TGV pour la SNCF que le téléviseur tout rond mythique pour Avia. La maîtrise du temps est aussi l’affaire du design et Swatch Suisse, devenu populaire, est le signe de la reconquête industrielle d’après 1970. Opposées au mouvement Memphis et à celui d’Andrea Branzi, les sociétés Nintendo et Sega propulsées par l’électronique expriment
l’engouement grandissant pour les jeux vidéo. Le matériel de bureautique se perfectionne chez Canon et chez IBM. Nouveaux modes de consommation, nouveaux usages et nouveaux moyens de se distraire (par la musique, le visionnage de films ou les jeux électroniques)… Avec le Walkman de Sony, son lecteur de CD, on entre dans la société des loisirs. En réaction au postmodernisme des années 1980, les années 1990 voient le début de l’Internet, les logiciels de dessin ; c’est l’ère du virtuel. L’informatique révolutionne le monde du design qui se dématérialise. Et pourtant jamais l’objet n’aura autant intéressé le design, fruit des réflexions qui annoncent les nouvelles technologies. Le premier téléphone mobile, le Bip-Bop, fait ses débuts auprès de son concurrent, le téléphone GSM.

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Dans les années 2000, le Japon ouvre la voie. Le designer Naoto Fukasawa introduit l’esthétique minimaliste de l’empire du Soleil-Levant sur la scène du design international. Sobres à l’extrême, le lecteur de CD ou le réfrigérateur
jouent sur l’anonymat, cahier des charges de la marque Muji. Le high-tech est bien installé et désormais accessible au grand public. Mais les progrès des nouvelles technologies et la demande grandissante des consommateurs s’accélèrent. Dans la maison, les loisirs, les objets connectés, la domotique montrent à quel point les nouveaux usages d’une société en plein mutation et la haute technologie vont de pair et modifient le design des objets. Les dispositifs, tels que les alarmes, les détecteurs, les télécaméras, la climatisation, facilitent les tâches domestiques et annoncent l’ère du bien-être chez soi. L’électroménager est de plus en plus performant, économe, silencieux et certains appareils, lave-linge ou réfrigérateur, sont désormais connectés chez Electrolux ou LG. L’ordinateur portable ou le mobile d’Apple sont considérés comme des acquis. À travers l’exposition Invention/Design, Regards croisés au musée des Arts et Métiers qui retrace un parcours sémantique autour des inventions et de la technologie, le design est l’une des réponses au monde de la technologie et des objets. De la marmite de Papin à l’autocuiseur connecté, les inventeurs et les designers contemporains ont pu s’adapter aux nouveaux usages. Les commissaires de l’exposition, Antoine Fenoglio et Frédéric Lecourt, les Sismo, proposent une définition du design comme étant celle d’une intelligence et non d’une esthétique, par le biais de 100 objets entre design contemporain et histoire des inventions. Comme en témoigne ce vélo en bois, une belle pièce unique exposée, le design d’aujourd’hui serait-il l’incarnation de l’exception ? À suivre…

 

Anne Swynghedauw

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