Designer singulier, Christian Ghion est devenu au fil des années une figure tutélaire du design hexagonal. Ses dessins révèlent un sens aigu de l’exigence et un goût du travail accompli dans les règles de l’art…

« Le dessin est essentiel, il permet de mieux réfléchir »

Il faut l’imaginer dans le calme des soirées, dans la vacuité des dimanches, pister les idées, les coucher sur le papier et puis s’échapper. « Quand l’inspiration est au rendez-vous, ce qui n’est pas toujours le cas, explique Christian Ghion, ces moments sont de vraies plongées dans un univers de feuilles et de crayons, de la pure introspection. » Le designer dessine alors de manière quasi compulsive, noircissant, en trois ou quatre heures, des dizaines de pages. Très attaché à cette activité, il l’exerce sans rituel ni calendrier mais de manière instinctive, se laissant porter par l’excitation des formes et des détails qui affleurent, vont et viennent, rebondissent et se nourrissent. « Difficile d’expliquer comment naissent les idées, c’est presque de l’ordre de la magie, poursuit-il, mais le fait même de dessiner les inspire et les aspire. Le dessin est essentiel, il permet de mieux réfléchir. » Dans ce lâcher- prise, Christian Ghion nuance et distingue le dessin spéculatif, qui ne poursuit nul autre but que lui-même, du dessin de commande. « Quand je travaille à un nouveau fauteuil pour Ligne Roset, j’ai un cahier des charges dans la tête, ma main est en mode Roset, je m’adapte, je respecte des contraintes et un ADN », précise-t-il.

Croquis de Christian Ghion
Croquis de Christian Ghion

Christian Ghion, authentique et passionné

Si le designer déplore que son métier ait trop vite succombé aux facilités des logiciels, s’il regrette que les étudiants – auxquels il dispense son expérience – aient perdu le goût et la maîtrise du dessin, c’est avec une pointe de fierté qu’il souligne que, dans son agence, rien ne passe par l’ordinateur avant d’avoir été tracé sur le papier. Certes, commode et pratique, l’ordinateur est un outil de mise en forme, mais la création vient d’abord de l’esprit et le courant passe mieux du cerveau à la main que du cerveau à la machine », insiste-t-il, avant d’ajouter : « Même fondu, même lumière… les logiciels standardisent la production et figent le projet alors que le dessin l’ouvre à l’interprétation. »

Et qu’on ne s’y trompe pas, lorsqu’il parle de dessin, il n’évoque pas les croquis préparatoires qui ne lui servent qu’à poser des idées, des principes fonctionnels ou des détails de construction. Non, il est ici question de dessins léchés et aboutis, comme ceux campant le vase Soffici pour Salviati ou encore ceux, architecturaux, du candélabre Tenant la chandelle, imaginé pour la Granville Gallery. « Lorsque l’objet projeté est un petit objet qui ne dépassera pas 30 ou 40 centimètres, je le trace à l’échelle 1, confie le designer, et je fais parfois de même avec un meuble. »

Imaginé pour ses amis Jean-Pierre Bruaire et Catherine Melotte, de la Granville Gallery, ce candélabre, Tenant la chandelle, a été réalisé en série limitée à Vallauris par le célèbre céramiste Claude Aïello. Granville Gallery, Tenant la chandelle, Christian Ghion, 2011, céramiste Claude Aïello, 18,5 x H. 30 cm
Imaginé pour ses amis Jean-Pierre Bruaire et Catherine Melotte, de la Granville Gallery, ce candélabre, Tenant la chandelle, a été réalisé en série limitée à Vallauris par le célèbre céramiste Claude Aïello. Granville Gallery, Tenant la chandelle, Christian Ghion, 2011, céramiste Claude Aïello, 18,5 x H. 30 cm

« Le dessin est un langage universel »

Véritable production de médiation, ses dessins permettent à celui qui s’en saisira d’appréhender l’objet de manière claire et précise. Le dessin est un langage universel, la meilleure façon, selon Christian Ghion, d’expliquer et de transmettre un projet à une tierce personne. « Bien sûr, il y a les mots mais, pour moi, ils sont là pour exprimer une ambiance, la perception intellectuelle ou poétique que l’on se fait de l’objet en gestation. » Le créateur du célèbre fauteuil Butterfly Kiss ne parle pas pour ne rien dire. Le verbe haut, les mots précis sont au service d’une pensée. Ses dessins sont à cette image !

photos : ChristianGhion.com

Laurent Montant

 

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