Des sculptures en verre, des rangements à double fond, des abat-jour détournés, Charlotte Juillard imagine des objets attractifs, que l’on a envie de toucher, de s’approprier, tant pour leur poésie que pour leur fonctionnalité.

Charlotte Juillard
Charlotte Juillard

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » : le parcours de Charlotte Juillard est une belle illustration de cette pensée de Corneille. Diplômée en 2011 de l’école Camondo, elle a depuis déjà exposé deux fois à Milan, participé à Miami Art Basel en 2012, réalisé une scénographie pour Molteni & C pour les D’Days en 2013… Au point que l’on se demande bien où on la retrouvera dans dix ans ! En la rencontrant, on comprend tout de suite que l’énergie qui l’anime tient avant tout d’une grande curiosité, d’un regard plein de fraîcheur et surtout d’une dynamique alimentée par l’échange. D’un esprit ouvert, Charlotte Juillard prend tout ce qui s’offre à elle, elle observe, discute, se nourrit, teste de multiples expériences.

Design Miami Week, Table in Wonderland
Design Miami Week, Table in Wonderland

À sa sortie d’école, elle s’oriente vers le design d’objet plutôt que le design d’espace ; très vite, elle travaille pour Sia, puis est retenue pour une résidence à la Fabrica, sous la houlette de Sam Baron, et pose ses valises en Italie : « C’est assez stimulant, on se retrouve à une trentaine de personnes de toutes nationalités, en design, design interactif, etc. On travaille en confrontant nos idées dans l’échange, que ce soit lors de créations en binôme sur des projets au timing serré, ou dans la complémentarité. » Ainsi, lorsqu’elle est contactée par Molteni & C pour une scénographie pour les D’Days, elle s’appuie sur les compétences d’un collègue programmateur pour imaginer une installation interactive dans laquelle les spectateurs, en s’asseyant sur des poufs équipés de capteurs, déclenchent des lumières et des projections présentant des meubles mis en scène : une pause onirique offerte en contrepied de la déambulation habituellement proposée dans ce genre de présentation.

Seletti, suspension paralumi
Seletti, suspension paralumi
Miroir Mada
Miroir Mada

Touche-à-tout, la jeune créatrice ne se définit pas par rapport à une matière : « Je travaille intuitivement. C’est vrai que j’ai une affinité avec la céramique, je travaille par exemple une enceinte en porcelaine. Ce que j’aime, c’est voir un matériau, essayer de le transformer. » Pour son travail en céramique, avant même de dessiner elle a pris des cours  pour comprendre la matière,  savoir faire le mélange avec la poudre, savoir définir l’épaisseur : « C’est évident, on est plus proche des choses qu’on dessine quand on s’approprie la matière. » Si elle ne travaille pas directement la matière de ses produits, elle aime en revanche être au contact des artisans, être présente à chaque étape, voir comment ils s’emparent
des dessins.
« À la Fabrica, quand on a réalisé l’exposition “Drawing Glass”, Sam Baron nous avait posé un réel défi : “Vous me faites des dessins 2D qui seront interprétés par un maître verrier.” On donnait des dessins sans cotes, sans dimensions, sans échelle. Sur les trois pièces que j’avais dessinées, deux ressemblaient à ce que j’avais imaginé, et dans la dernière c’était étrange ; je ne me reconnaissais pas. C’était intéressant de travailler avec un artisan tout en laissant à chacun un sacré champ
de liberté. »

Charlotte Juillard estime que son rôle n’est pas uniquement de dessiner, mais aussi de proposer des solutions : « On est dans des professions qui bougent, ne serait-ce qu’en considérant toutes les formations complémentaires que l’on prend en ébénisterie ou autre. » Puis elle va plus loin : « Que veut dire être designer aujourd’hui ? C’est tellement associé à des domaines différents, on parle de design culinaire, de design global, de slow design, etc. Je me considère plus simplement comme une créatrice. » Quand elle voit les centaines de chaises présentées à Milan, elle s’interroge sur le sens que cela a de créer, se demande où elle a envie de se positionner . « Je pense profondément qu’aujourd’hui notre rôle est davantage de pousser des concepts à travers des objets. Il n’y a plus la même demande, les mêmes besoins qu’il y a quelques années, et pourtant on continue à en faire de nouveaux. Je comprends aussi qu’on puisse se positionner comme un consultant, c’est une façon de trouver sa place, et surtout du sens. Qu’est-ce que j’apporte ? est-ce que mon objet se suffit ou est-ce qu’il apporte une valeur ajoutée ? Par exemple, avec l’apparition des objets connectés, les frontières s’estompent. »

 

Nathalie Degardin

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