Lucie Koldova s’amuse avec le verre soufflé comme les enfants avec les bulles de savon : dans ses mains, cette matière révèle des pièces pures, étrangement fortes dans leur façon d’aller à l’essentiel.

Des tables qui s’adoucissent, des toupies assagies qui flottent dans l’air, des capsules qui s’enlacent…Lucie Koldova aime étonner, offrir des objets aux rondeurs sympathiques, graciles, plus légers que fragiles. Et face à cette jeune trentenaire, on constate très simplement qu’elle transmet sa propre énergie aux objets. Comme par magie… mais pas sans travail ! Souriante, elle vous confie que ce qu’elle préfère dans son métier, c’est avant tout relever les défis : « Je n’aime pas les choses simples, c’est le challenge qui donne l’inspiration, l’excitation de le résoudre, je n’aime pas abandonner à cause d’une contrainte, j’essaie de trouver une solution. » Il faut dire qu’avant d’être designer, Lucie était une sportive de haut niveau, championne de triple saut en République tchèque. Elle en a gardé ce caractère fonceur, travailleur, et sa façon bien à elle d’imposer progressivement mais fermement sa signature sur la scène
du design.

Ne pas se fier aux apparences

Lucie Koldova le verre
Brokis, lampe Capsula, chez Gallery S. Bensimon.

« J’aime que mes objets soient simples d’apparence, mais justement, concevoir des objets chics et simples requiert beaucoup de technique », explique-t-elle. Sa lampe Capsula en est un bel exemple. Une réalisation très sophistiquée : deux capsules de verre convexes sont imbriquées l’une dans l’autre et fusionnées, comme des cellules qui se phagocytent entre elles. On obtient un effet d’optique par la superposition des couleurs, des verres : « En les fusionnant, j’ai contourné la contrainte technique de départ, et au contraire, c’est devenu un avantage, ce qui crée l’effet 3D de la pièce. »
La majorité de ses pièces fonctionne sur des illusions ou des astuces. Pour Apollo, elle combine le marbre et le verre pour sculpter la lumière. Dans sa dernière création, Mona, pour Brokis, c’est curieusement le tube de led qui vient faire le support dans lequel s’encastre la capsule en verre, dans le prolongement de la structure du pied dans un cas, ou auquel sont reliées les fixations en tissu pour la déclinaison en suspension.

Dans Bondage, pour Lasvit, elle assure trois parties soufflées à la main autour d’une structure métallique, donnant l’illusion que c’est la suspension en cuir qui les assemble. Dans les toupies Spin Light, la source de lumière est cachée, recouverte de métal, ce qui donne un effet tamisé. Si Lucie Koldova est une véritable magicienne du verre, sa deuxième matière de prédilection est le bois, qu’elle travaille dans le même esprit. Ses tables Wrap, pour la compagnie tchèque Lugi, ont aussi demandé de l’ingéniosité : « Ils voulaient quelque chose de féminin, comme la jupe d’une fille, cosy, chaleureux ; le challenge, c’était d’obtenir cet arrondi, on a donc choisi un bois spécial, tropical, qui soit flexible, que l’on traite sous vapeur pour obtenir cette forme. Le dessus est en plus solide, en chêne. » Certaines de ses pièces conjuguent d’ailleurs ses deux matières fétiches – les lampes Shadows et Muffins, les tables Duo, où le bois fait office de jonction –, mais c’est un même esprit de rondeur, de douceur et d’imbrication, fondement de sa signature, que l’on retrouve dans toutes ses créations.

lucie-koldova-2
Lasvit, lampe Bondage, édition limitée.

Susciter le désir

Pour Lucie Koldova, ce n’est pas la fonction qui prime dans le design. Elle privilégie le rapport affectif : « Un objet peut faire partie de la vie. » Un objet de désir dans le sens le plus pur de l’expression : plutôt que concevoir des objets utiles, c’est susciter le coup de cœur, l’envie d’avoir un objet, qui la motive. Et compte tenu de son succès croissant depuis 2010, elle ne risque pas de changer de cap. Cette ligne clairement artistique est d’ailleurs très vite repérée par la galerie S. Bensimon, qui l’intègre dans son panel d’artistes et de designers à suivre. En République tchèque, elle travaille aussi bien pour Brokis, où elle assure les fonctions de directrice artistique, que pour Lasvit.

Muffins de Koldova
Muffins black Brokis 03_edition 2013.

Designer de l’année 2013 dans son pays, elle s’est vu confier la conception des trophées pour la session suivante, au mois de mars 2014. « J’ai dessiné une “goutte de chance“, c’est un jeu de mots d’une expression tchèque ; je leur donne une part de mon succès pour qu’ils soient à leur tour dans
la réussite. » Une pièce difficile à faire – il faut en effet souffler une première fois, puis une deuxième, pour imprimer une goutte dans une goutte, dans la lignée d’imbrication de Capsula ou de Phyto –, mais qui est à l’image de sa générosité et de son esprit de partage. Car si elle est très indépendante, Lucie Koldova n’en a pas moins le sens de la collaboration.

Lampes de Koldova
La Chance, lampe Apollo, création Lucie Koldova et Dan Yeffet

Pendant plus d’un an, elle a travaillé avec Arik Levy, qui l’avait convaincue de venir à Paris plutôt que d’aller à Londres. « J’ai appris auprès de lui à prendre des décisions rapides, à ne pas me perdre dans les détails. Il sait ce qu’il veut ! J’ai appris aussi comment le business fonctionne, la structure des studios, la hiérarchie. Puis je suis partie pour travailler quelques années avec Dan Yeffet. » Ensemble, ils ont conçu trois collections pour Brokis, le miroir Iconic puis la lampe Apollo pour la jeune maison La Chance. « Je fonctionne à l’intuition, j’ai besoin d’avoir un bon feeling dans les rencontres, c’est plus la joie de créer que la reconnaissance qui compte, le plaisir dans le travail vient de l’esprit dans lequel on crée. » À Milan, elle nous réserve des nouveautés pour Marcel By, une nouvelle édition de Spin Light, et elle sera au rendez-vous de Courtrai cet automne : c’est sûr, en 2014, il faudra compter avec elle.

 

Suspensions de Lucie Koldova
Lasvit, suspensions Spin.

Nathalie Degardin

Vous avez aimé cet article ?
Ne manquez pas les autres articles en vous abonnant à notre newsletter !