À partir du 14 novembre 2017, le Musée des Arts Décoratifs met à l’honneur les créations de la designer et scénographe Constance Guisset au sein d’une rétrospective. 

Constance Guisset, la maîtrise de la scénographie

Dix années de création flottent entre les murs du musée et ce dans une multitude de domaines : scénographie, design, architecture et multimédias. « Constance Guisset design, actio ! » invite le spectateur à parcourir l’univers singulier de l’une des icônes du design français. L’exposition s’articule autour de deux espaces distincts, l’un consacré à la scénographie, l’autre au design ; tout ceci dans un ordre chronologique partant des œuvres phares de la créatrice à ses dernières réalisation. Constance Guisset a désiré mettre en regard le processus de fabrication de l’objet ainsi que la magie qui en résulte. Les notions de poésie, de théâtralité, prennent parti intégrante de sa signature artistique. Chaque salle porte le nom d’un verbe d’action, ce qui accentue davantage l’identité de l’objet, aussi bien fonctionnel que symbolique. Les titres s’accompagnent de manifestes, dévoilant à loisirs les réflexions et la démarche de la designer. Une démarche qui relève de procédés innovants, parfaitement mis en valeur au sein de la première partie de l’exposition. Constance Guisset converse ingénieusement entre ses propres créations et les collections du musée qui ont trait à l’art médiéval. Des installations in situ entremêlées de sons et de lumière apportent à l’objet ancien une touche de contemporanéité. Dans la deuxième partie de la rétrospective, le design est roi. Le spectateur s’enquit alors sur les usages et le statut de l’objet, la designer lui répond par le biais de sensations, de formes et de volumes au gré de deux salles successives. La deuxième ouvre sur un long couloir, métaphore du processus de travail, infini et pourvu de sources d’inspirations en tout genre. Les objets s’organisent selon un élan commun : figer, respirer, s’envoler… En effet, le travail sur les mots est omniprésent dans l’exposition et permet à la graphiste Agnès Dahan de dévoiler une autre vision du design. En effet, d’autres artistes se fondent dans le décor tels que Marc Couturier pour son œuvre à quatre mains et les musiciens du Studio MBC qui ont composé les thèmes de plusieurs salles. Cette association des arts illustre l’identité pluridisciplinaire de la designer et un goût de l’éclectisme presque infini. Dans la dernière salle, c’est le spectacle qui entre en scène, sans doute pour éveiller toute la théâtralité de son Œuvre.

Constance Guisset, une designer poétesse

Née en 1976, Constance Guisset se tourne vers la création en entrant à l’ENSCI – Les Ateliers dont elle obtient le diplôme en 2007. Deux ans plus tard, elle fonde Constance Guisset Studio dans lequel elle exerce ses métiers de designer, d’architecte d’intérieure et de scénographe. Le studio est tout d’abord dédié à concevoir des objets ergonomiques et animés. Il collabore d’ailleurs avec de nombreuses maisons d’édition, autant spécialisées dans le meuble que diverses, dont Petite Friture, Moustache, Nature & Découvertes et Louis Vuitton Malletier. En 2010, Constance Guisset est nommée « Designer de l’année » au Salon Maison & Objets. Elle doit ce prix à son audace artistique, sa curiosité qu’elle met en relief au cœur de ses créations. La lampe Vertigo éditée chez Petite Friture en 2010 en est le parfait exemple. Aérienne et graphique, cette lampe accorde à l’espace plus d’intimité et de légèreté. Au moindre courant d’air, la lampe tangue et s’anime, cette idée de mouvement donne de la vie à l’objet et ce même s’il est structuré de fibre de verre.

Lampe Vertigo, 2010
Lampe Vertigo, 2010

La poésie se poursuit avec le miroir Francis crée en 2016. Un miroir enchanté qui évoque avec subtilité l’oxydation des miroirs anciens ou encore les pigments d’une palette de maquillage. Ce miroir est un objet expérimental dans la mesure où les pigments forment un dessin aléatoire aux couleurs vives et profondes, dans des tons bleutés ou rosés selon les goûts de l’acheteur.

Miroir Francis, 2013
Miroir Francis, 2016

La couleur se veut éclatante chez Constance Guisset et permet constamment de réinventer ses champs de création. La designer a d’ailleurs une petite préférence pour le jaune, source de lumière et de fraîcheur. La dimension poétique s’illustre aussi bien à travers les barreaux d’une cage. En effet, la créatrice a crée la première cage-aquarium du nom de Duplex pour Ed.Specimen en 2010. C’est en parfaite harmonie que coexistent l’eau et l’air, le poisson et l’oiseau, deux éléments, deux êtres totalement opposés. L’aquarium est composé d’un espace dans lequel l’oiseau peut voler à la hauteur du poisson, une bonne manière de revisiter avec artifice les lois de la nature.

Duplex, 2010
Duplex, 2010

La mise en scène est l’une des principales clés de l’Œuvre de Constance Guisset. En tant que scénographe, elle anime quelques spectacles notamment le ballet d’Angelin Preljocaj qui s’inspire des Mille et Une Nuits. L’illustration de la cage réapparaît sous la forme de rubans manipulés par les danseurs ; elle incarne ici le palais dans lequel Shéhérazade est retenue prisonnière. Les jeux d’ombres et de lumières, les dégradés de couleurs révèlent encore plus cette idée de mystère empreinte dans le mythe. Eh oui, Constance Guisset a toutes les qualités d’une designer poétesse, que ce soit pour son esprit ouvert ou sa quête de poésie. Chacune de ses créations a un usage, une esthétique particulière mais aussi une âme.

Les Mille et Une Nuits, ballet d’Angelin Preljocaj, 2014
Les Mille et Une Nuits, ballet d’Angelin Preljocaj, 2014

14/11/2017, Paris 

http://www.constanceguisset.com/

 

Alice Vandromme 

 

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