Il parle des matériaux avec lesquels il travaille comme un musicien de son instrument : avec un respect teinté de cette affection propre aux longues histoires communes. Forgé à l’aune d’une entreprise familiale, Terence Mesguich Jacquemin propose des créations intemporelles, aux finitions étudiées, réalisées par des artisans d’excellence. 

L’Italie, c’est une affaire de cœur pour Terence Mesguich Jacquemin, et un point de départ important dans sa carrière. À peine sorti de l’école Penninghen, il rejoint Promemoria, une entreprise familiale qui crée du mobilier haut de gamme et rassemble sur son site toutes les étapes de la fabrication : « J’arrivais à 7 h 30 tous les matins, je faisais le tour des ateliers et 
je prenais le café avec les artisans. Ce sont eux qui m’ont appris à dessiner, à avoir le sens du détail. » Un dialogue qu’il garde aujourd’hui précieusement dans le suivi de ses projets : « Pour tirer le meilleur d’un artisan, il faut aussi comprendre sa vision d’un objet. » Il apprend surtout là-bas le souci de la qualité : choisir la matière, reconnaître les essences de bois, savoir les transformer, teinter dans la masse le bois, l’importance des poignées, des charnières… « Il faut les détails visuels qui rendent la préciosité visible. Quand je travaille pour des marques de luxe, je cherche les effets de matière, le détail des coutures, des structures… » Ainsi pour Vispring, il étudie les piétements de ces lits haut de gamme, une surpiqûre dans une tête de lit en cuir, le toucher et le reflet des tissus utilisés… Et il apprend aussi à la marque à communiquer : « Dans une scénographie pour un salon, j’ai voulu montrer au public ce qui ne se voit pas forcément, la matière qui forge la qualité des matelas. »

Philippe Hurel commode
Commode mina – Philippe Hurel

Ce qu’il aime dans ce travail du luxe, c’est aussi cette impression de « réinventer le “mobilier de grand-père”, celui qui perdure de génération en génération », en lui donnant une touche particulière, voire intrigante, en détournant des objets de leur fonction première. Aujourd’hui indépendant, il se considère davantage comme un consultant : « L’analyse globale m’intéresse, j’ai envie de comprendre une marque, son histoire. C’est une relation qui se construit, comme mon travail avec Philippe Hurel, l’un des plus grands ébénistes. Venir en appui, penser petit à petit les déclinaisons possibles d’une collection, les pièces qui manquent, des luminaires, des bouts de canapé… » Avec un souci de l’excellence, ou de l’expérimentation, comme avec la maison d’édition Nantavia, lancée par un industriel fournisseur d’Airbus, qui a utilisé son outil de production de façon transversale : « Cela m’ouvre sur le travail du métal ou du Corian, par exemple, avec des possibilités de façonner des matières incroyables, de travailler dans le bloc, de le ciseler. » Un designer qui embrasse donc une vue panoramique : penser le produit, le suivre, le diffuser, et valoriser sa qualité.

Nathalie Degardin

 

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