Shiro Kuramata, Miss Blanche, 1988
Shiro Kuramata, Miss Blanche, 1988

Dans le design d’intérieur, l’éventail des possibles est synonyme d’infini. Telle est l’ambition du designer japonais Shiro Kuramata, auteur d’une Œuvre singulière mêlant le concret à l’immatérialité.

Créée en 1988, Miss Blanche est révélatrice de son identité artistique, de par ses attraits poétiques et sensoriels mais surtout son apparence, toute de transparence vêtue. Bien que cet objet soit énigmatique dans le fond, il ne l’est vraisemblablement pas dans la forme. En effet, Miss Blanche est une assise constituée de pieds, d’un siège et d’un dossier. Tout ceci dans des formes simples, géométriques, qui s’inspire de l’art traditionnel japonais, parfaitement adapté aux proportions humaines. Les obliques en guise de dossier et les courbes en guise d’accoudoir, c’est tout en finesse qu’est composée la structure générale de l’assise. Le jeu de la transparence est omniprésent et apporte à l’objet une certaine pureté ; son nom s’inspire d’ailleurs du personnage de Blanche Dubois dans la pièce de théâtre de Tennessee Williams. Cette simplicité de la forme permet davantage de mettre en avant la symbolique de l’œuvre jusqu’à en oublier sa fonction première. Ce qui est de l’ordre du solide devient vaporeux, liquide, la chaise semble flotter dans l’espace. À travers celle-ci se dessinent des fleurs, peut-être une référence au célèbre parfum Flower de Kenzo. Grâce à ces roses artificielles, la nature demeure intacte, si ce n’est éternelle bien que cela relève du paradoxe.

Miss Blanche, une icône poétique

La transparence donnée à la chaise n’est non pas en verre, ni en polycarbonate, mais en acrylique ; matériau très peu utilisé à l’époque. En effet, Kuramata souhaite valoriser des matériaux innovants afin d’atteindre un idéal de beauté, autant dans l’approche technique qu’esthétique. Les pieds sont quant à eux de simples tiges en aluminium de couleur améthyste, une bonne manière de compléter la verdure empreinte dans les fleurs. Cette harmonie des couleurs, ce parallèle entre les pleins et les vides accorde à l’objet toute son authenticité. Bien que les matériaux soient purement artificiels, un hymne à la nature balbutie dans les moindres recoins de Miss Blanche. Œuvre d’art abstraite ou assise originale, elle permet à l’utilisateur de s’asseoir dans un bassin de fleurs sans même les altérer tout en se laissant bercer par les joies de l’apesanteur. La fonction d’assise est détournée grâce à l’incrustation des roses dans la matière mais elle est d’autant plus par la transparence qui, à l’origine, n’est pas dédiée au mobilier d’intérieur, traditionnellement fabriqué à partir de bois, de métal ou de plastique. Le défi de Shiro Kuramata, qui est celui de l’immersion du rêve à travers le quotidien est réussi ; Miss Blanche questionne les sens, autant la vue que le toucher, et bouleverse la fonction originelle de l’objet pour le rendre rocambolesque. Et oui, Miss Blanche a une histoire digne d’être racontée dans un roman. 

Shiro Kuramata, Miss Blanche, 1988
Shiro Kuramata, Miss Blanche, 1988

Alice Vandromme

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