Si le marché du luxe est spontanément associé à des savoir-faire traditionnels, il fait aussi appel à des technologies contemporaines pour perpétuer son excellence. Rencontre avec Catherine Gorgé, secrétaire générale du groupe Prodways, à la pointe de l’impression 3D.

 © HAMILTON DE OLIVEIRA
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Spécialisé dans les technologies et les matériaux d’impression 3D, le groupe Prodways rassemble sous le nom d’Initial des ateliers de fabrication additive et un bureau d’études, composé de designers, d’ingénieurs et d’artisans, qui assurent la transformation d’un croquis en 2D en un objet physique unique, ou fabriqué en séries limitées, ou encore, selon la demande, en grande série. Leur atout principal ? Couvrir toute la gamme de technologies d’impression 3D, à partir d’une large gamme de matériaux : poudre bio-sourcée ou végétale, poudre minérale, cires et résines, pâte de céramique, poudre de métaux, comme le titane ou l’aluminium. Ces compétences aujourd’hui si actuelles, Initial les cultive pourtant depuis longtemps au sein de ses ateliers composés de soixante-dix personnes, situés à Annecy, en Haute-Savoie : Initial a fêté ses 25 ans l’an passé… tout en valorisant une nouvelle vitrine de ses activités. Accompagnant depuis de nombreuses années les acteurs de l’industrie du luxe (horlogerie, joaillerie, bijouterie, mode, mobilier et accessoires) – partenariats encadrés par des accords de confidentialité –, Initial a créé en mai dernier un département baptisé Les Créations, spécialement destiné au luxe mais aussi aux métiers créatifs, comme l’art, le design et l’architecture, pour des produits made in France.

 © HAMILTON DE OLIVEIRA
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Impression 3D et savoir-faire artisanal

Pour Catherine Gorgé, secrétaire générale du groupe : « Le luxe d’aujourd’hui recherche l’alliance des technologies d’impression 3D, d’un savoir-faire artisanal de finition et de nouvelles matières. Les acteurs du marché s’emparent des innovations et recherchent des exclusivités. » Les marques réfléchissent à des matières brevetables, de nouvelles textures et des couleurs exclusives ; le design et la créativité deviennent maintenant sans limites. « N’oublions pas que l’un des enjeux majeurs est de protéger les marques. Le groupe réfléchit, par exemple, sur l’ajout de traceurs garantissant l’authenticité du produit. » Pour répondre à la demande de cette clientèle exigeante, que l’on soit dans les ateliers de fabrication additive (autre appellation de l’impression 3D) ou dans des  savoir-faire traditionnels, l’excellence est de mise chez Initial, qui se positionne sur le secteur premium de l’impression 3D : « Les projets demandent toujours une haute capacité de finition et de précision, un soin du détail et de la perfection. » Le savoir-faire et le travail de finition sont essentiels, « à l’atelier, toutes les finitions sont faites à la main. Le toucher est extrêmement important, notamment pour sortir des préjugés de l’effet plastique, des matières rugueuses ou des stries visibles, que l’on attribue régulièrement aux impressions 3D ». 

 L’impression 3D au service du patrimoine

Selon Catherine Gorgé, le caractère de rareté, d’unicité qui définit un produit de luxe est, aujourd’hui, de plus en plus interprété dans un sens de personnalisation. Grâce à une poudre polyamide, 100 % renouvelable et bio-sourcée obtenue à partir de l’huile de ricin, ou à une poudre de polyuréthane (plus communément appelée TPU), il est actuellement envisageable d’imaginer des développements innovants dans les métiers créatifs et le luxe : « Si jusqu’à présent, les matières permettaient la réalisation de pièces exceptionnelles de défilés haute couture, elles étaient encore peu flexibles et potentiellement allergisantes. Avec les nouveaux matériaux souples et compatibles avec le contact de la peau, on peut imaginer des accessoires et des textiles tricotés en 3D véritablement mous, s’adaptant à des morphologies scannées et donc uniques, par exemple pour la haute couture, le mariage, la lunetterie et les accessoires de luxe… »  Les Créations travaillent aussi sur la valorisation des archives et du patrimoine des marques : en scannant une pièce ancienne, unique, même cassée, on peut la dupliquer, redimensionner avec une précision extrême les éléments manquants, la restaurer et recréer la pièce avec ce qui était endommagé afin de la revaloriser. « Toutes ces technologies complémentaires apportent une avancée dans les techniques de restauration. Le scanner dispense du dessin et fait gagner une étape en supprimant, par exemple, le recours à la reconstitution ; les nouveaux outils permettent de passer du 2D au 3D rapidement. » Une façon pour les acteurs du luxe de capitaliser sur leur patrimoine, de rééditer des pièces de collections, de développer des services à la pointe de la technologie, de concevoir de nouveaux produits parfaitement adaptés à chaque demande, en traduisant scrupuleusement le désir du client, tout en lui faisant vivre une nouvelle expérience.

Nathalie Degardin, paru dans le Design Home n°64

VIBRATION DESIGN PAR SYLVIE LOISEAU © HAMILTON DE OLIVEIRA
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