A l’occasion de la Journée Internationale du patrimoine canadien, coup de projecteur sur un élément phare de l’architecture de Montréal, la « pierre grise ».

Le Centre Canadien d’Architecture s’intéresse à la « pierre grise » de Montréal avec une nouvelle exposition. 

Rue de Montréal circa 1973; photo : Phyllis Lambert et Richard Pare
Rue de Montréal 1973-1974; photo : Phyllis Lambert et Richard Pare

Jusqu’au 4 mars 2018, le Centre Canadien d’Architecture (CCA) présente une exposition baptisée « Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville ». Organisée par la grande architecte canadienne Phyllis Lambert, également fondatrice du CCA, elle rend compte du vaste projet de recherche qu’elle avait amorcée il y a quarante ans sur l’histoire de ces bâtiments en pierre grise présents dans la ville depuis des siècles. On associe souvent une ville à une pierre particulière. On peut penser au « brownstone » (grès rouge du Trias) qui fait partie de l’imaginaire new-yorkais, ou à la pierre calcaire belge qui donne cette couleur si caractéristique aux façades des boulevards haussmanniens de Paris. Pour Montréal, c’est la « pierre grise » qui joue ce rôle.

La « pierre grise », un minerai intrinsèquement lié à l’histoire architecturale de Montréal.

Rue de Montréal circa 1973; photo : Phyllis Lambert, Richard Pare
Rue de Montréal 1973-1974; photo : Phyllis Lambert, Richard Pare

La métropole québécoise est la ville avec la plus grande concentration de bâtiments en pierre en Amérique du Nord. Le recours à ce matériau s’est échelonné du début du XVIIIe siècle, jusqu’au tout début du XXe siècle. En effet, cette pierre calcaire, très présente dans la région, a occupé une place essentielle au début de l’histoire de la colonie, en offrant une protection aux bâtiments contre les attaques, le feu et le froid. Au XIXe siècle, son usage est passé d’une fonction pratique à un rôle esthétique à travers des transformations matérielles successives, qui reflètent l’épanouissement de la politique, du commerce, de l’identité culturelle de la cité canadienne. Son utilisation se fera plus rare à partir du XXe siècle, période à partir de laquelle d’autres matériaux comme la brique ou la pierre jaune de l’Indiana la remplaceront progressivement car moins cher et plus facile à importer et à travailler.

Son analyse peut donc servir de fil conducteur à la découverte des divers facteurs, tant topographiques, géologiques, politiques, économiques et ethniques, qui ont façonné la ville au fil du temps. Comme l’explique Phyllis Lambert : «La pierre grise, c’était le matériau accessible, sur place. Les Français l’ont utilisée dès le début, y compris pour les fortifications qu’ils ont construites à l’époque, puis ensuite pour les institutions, et les bâtiments commerciaux. Par la suite, les Anglais ont fait la même chose, pour les commerces, les habitations…»

La pierre grise, un élément aujourd’hui essentiel du patrimoine architectural de la cité québécoise

Rue de Montréal circa 1973; photo : Phyllis Lambert, Richard Pare
Rue de Montréal 1973-1974; photo : Phyllis Lambert, Richard Pare

S’il est aujourd’hui largement admis que ces bâtiments de pierre grise appartiennent au patrimoine bâti, il n’en a pas toujours été ainsi. Phyllis Lambert se souvient que dans les années 1970, à l’époque où elle et l’artiste Richard Pare photographiaient ces bâtiments, les gens dans les rues leur demandaient quel intérêt ils pouvaient bien leur trouver.

Vieux-Montréal © Camilo Gomez-Duran / Tourisme Montréal
Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, 360 McGill St, Montreal © Camilo Gomez-Duran / Tourisme Montréal

Le déclin qu’a connu l’utilisation de la pierre grise au XXe siècle coïncide avec une période où la banalité architecturale a commencé à dominer le paysage urbain, en plaçant le profit comme objectif ultime. L’adoption éventuelle d’une politique de l’architecture et une prise de conscience croissante de l’importance du patrimoine bâti laissent toutefois présager un avenir meilleur pour l’architecture au Québec.

David Kabla

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